Une chapelle en plein Paris

“ C’est bien ici la chapelle de la rue du Bac ? ” Comment deviner que le portail tout banal du 140 et son étroite impasse mènent à un sanctuaire recevant chaque année deux millions de pèlerins ? Pourquoi viennent-ils de plus en plus nombreux ? Pèlerins de tous âges, de toutes conditions, de toutes races, en flots incessants, se croisent, se rencontrent, font escale chaque jour dans ce lieu pour un temps de recueillement, pour se joindre à une célébration ou simplement prier en silence. Au pied de l’autel se retrouvent aussi bien la mère de famille que la jeune Antillaise, l’homme d’affaires que la religieuse, la vieille dame sur son fauteuil roulant, le jeune sans emploi, la famille tamoule, le clochard habitué du quartier... La majorité des pèlerins qui passent donne donc au sanctuaire un visage populaire, représentatif du monde entier. Les rassemblements organisés de jeunes de toute appartenance, de retraités, de malades, de mouvements et services d’Église se succèdent tout au long de l’année.

Ils viennent de France, de Belgique, de Grande-Bretagne mais aussi du Canada, de Pologne... En entrant dans la chapelle, les pèlerins sont frappés par son extraordinaire luminosité, sa fresque et ses mosaïques colorées et surtout, par un certain climat de paix. La statue de saint Vincent de Paul et la châsse de sainte Louise de Marillac, fondateurs des Filles de la Charité, rappellent aussi que cette chapelle est celle de la maison mère de leur communauté. Mais pourquoi cette chapelle au cœur de Paris est-elle devenue un haut lieu spirituel accueillant presque deux millions de personnes par an ? C’est que, en 1830, Marie s’est présentée là comme l’Immaculée Conception à Catherine Labouré, jeune Sœur de saint Vincent de Paul.

“ Venez au pied de cet autel ”, “ priez ”, “ demandez ”, “ portez la Médaille ”..., les mots prononcés par Marie lors de ses deux visites à Catherine s’adressent au peuple de Dieu tout entier. A la rue du Bac, Marie, pleine de grâce, les accueille tous, les bras ouverts, rayonnant la lumière de l’Amour. Cette lumière répandue abondamment illumine chacun et donne la grâce d’entrer avec Marie et Catherine dans la joie de rencontrer Dieu. Dans cette chapelle, des millions de pèlerins vivent un cœur à cœur silencieux dans la prière. Marie les fait entrer dans un vrai dialogue.

Comme Catherine, chacun peut déposer au pied de l’autel son fardeau souvent trop lourd à porter : solitude, souffrances, problèmes accumulés. Près de leur Mère, assis, à genoux, les bras en croix, seuls ou dans la foule, tous expriment leurs soucis et leurs problèmes. Ils sont sûrs que Marie s’intéresse à leur vie comme elle s’est intéressée à la vie et aux difficultés de Catherine. Chacun demande les grâces dont il a besoin. Apaisé, parce qu’écouté, il devient à nouveau capable d’entendre une parole qui relève, redonne confiance, ouvre le cœur et les yeux. Marie, Mère de tous les hommes, n’en laisse aucun de côté, et elle suscite en chacun l’ouverture au frère aussi différent soit-il par l’âge, la santé, la situation sociale, la langue, la race. Certains retrouvent ici le chemin de la prière, de l’Eucharistie, de la Réconciliation, de la fraternité, en découvrant la douceur, la tendresse, la patience de Dieu, son amour maternel. La chapelle de la rue du Bac est devenue, peu à peu, un lieu de prière, de pèlerinage, et un centre pastoral qui a le souci de toujours situer le message spécifique de Marie dans la tradition biblique et ecclésiale.